Voile à l'Université : La laïcité au cœur du débat

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Depuis lundi, un rapport du HCI, crée la polémique en évoquant l'interdiction du voile à l'université. Un débat qui remet la laïcité sur le tapis. Explications avec meltyCampus

Le Haut Conseil à l'Intégration a rendu un rapport, paru dans le journal Le Monde, portant sur le ''respect de la neutralité religieuse dans l'enseignement supérieur''. Un compte-rendu qui rapporte des faits alarmants sur la place de la laïcité et son évolution à l'université. Déjà en France au début des années 2000, le port de signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics avait été remis en cause. La laïcité est un des fondements de l'école publique et a pour but de protéger l'école des revendications communautaires au profit ''d'un vouloir-vivre-ensemble''. La loi a donc un rôle de protection vis-à vis des enfants qui sont souvent influencés et influençables. Le débat a donc abouti sur une loi -celle du 15 mars 2004- qui encadre ''le port de signes ou de tenues manifestants une appartenance religieuse'' dans l'enseignement public primaire et secondaire. Aujourd'hui dans un contexte tendu, où l'islamophobie et les partis d'extrêmes droites, ne cessent d'augmenter, l'idée d'une loi contre le port de signes religieux est donc délicate à mettre en place. Pourtant, plus de 78% des français semblent contre le port du voile à l'université.

Voile à l'Université : La laïcité au cœur du débat

Une partie de la population se sent ainsi, stigmatisée, rejetée, mise à l'écart ou encore montrée du doigt. Pour la secrétaire générale des Étudiants musulmans de France, cette loi agit comme un écran de fumée '' On voile avec le voile'' nous a-t-elle expliqué. Effectivement, il est vrai que dans la vie politique, il n'est pas rare que les gouvernements cachent les réels problèmes en focalisant l'opinion publique sur du sensationnel. Un sujet ou un événement qui va occuper le débat, l'espace public et donc détourner les citoyens des réels enjeux économiques, sociétaux ou encore politiques. Pourtant aussi dangereux soit-il, ce débat que la laïcité est nécessaire et essentiel. L'UNEF, le premier syndicat étudiant de France a lui-même déclaré qu'il appuierait ''toute action positive entreprise par le gouvernement pour renforcer la neutralité de l'espace public''. Bien sûr, le rapport du HCI, ne s'attaque pas seulement au port du voile et aux pratiques musulmanes. Il montre aussi du doigt les communautés chrétiennes qui réfutent certains enseignements. À l'image des évangélistes et des néo-baptistes, qui réfutent eux clairement l'enseignement darwiniste au profit de thèses créationnistes.

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Le HCI a par ailleurs rapporté plusieurs cas d'universités, qui ont fait part des problèmes dans leurs enseignements. Par exemple, lors de formations de groupes de travail, certains élèves auraient refusé la mixité. Dans ces cas-là, la liberté d'expression des étudiants porte clairement ''atteinte aux activités d'enseignement et à l'ordre public''. Mais les professeurs ont-ils le droit de les forcer, sous peine d'être exclus de leurs cours ? La réponse est floue. Car l'université est un lieu d'intérêt général -où les signes religieux sont autorisés- et à la fois un lieu de service public -où les signes religieux sont normalement proscrits. Une subtilité qui sème le trouble entre l'administration universitaire et ses usagers (les étudiants), et qui amène certains politiques à demander ''une précision'' dans la loi de 2004. En France, l'enseignement public est laïc, mais pour l'instant, dans l'enseignement supérieur rien n'empêche les étudiants de montrer leur conviction religieuse. Lorsqu'ils choisissent d'exprimer leur conviction, les étudiants doivent respecter les autres, et particulièrement leurs professeurs et l'enseignement délivré par ces derniers.

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Il ne faut pas oublier que l'université est un lieu d'échange et non de débat sur l'enseignement prodigué. Le professeur est un vecteur de savoir, et son travail ne doit pas être remis en cause par les étudiants pour des raisons religieuses. En revanche, l'interdiction "dans les salles de cours, lieux et situations d'enseignement et de recherche des établissements publics d'enseignement supérieur, les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse", risque dans le contexte social actuel (tendu) de créer de fortes tensions sociales. Des discordes qui entraîneront à coup sûr un relent de communautarisme et d'islamophobie, dès l'automne prochain. En effet, le HCI souhaite combattre les ''symptômes de la montée de revendications identitaires et communautaristes''. Mais une telle loi risque d'avoir un effet ''boomerang'' sur ces communautés qui se sentiront encore plus stigmatisées et montrées du doigt. Une mesure qui pourrait avoir comme conséquence la plus fatale un renfermement, soit l'effet inverse voulu par le HCI qui souhaite apaiser la situation. La laïcité en danger en France ?

Voile à l'Université : La laïcité au cœur du débat - photo
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