Tunisie : L'université de Tunis au coeur d'un procès

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Habib Kazdaghli, doyen de la faculté tunisienne de la Manouba est poursuivi par la justice de son pays. Il est accusé d'avoir giflé une étudiante, militante du voile intégral.

Pendant que des étudiants tunisiens remportent un prix de sciences, une autre affaire secoue le pays du jasmin. Drôle d'affaire que celle d'Habib Kazdagli, doyen de l'université de la Manouba. Il est poursuivi pour une prétendue gifle assénée à une étudiante, militante du voile intégrale. L'affaire remonte au 6 mars. Depuis plusieurs mois, un groupe d'étudiants salafistes mène une campagne pour faire accepter le voile intégral dans les salles de classe. Certains ont même été exclus en conseil de discipline. Parmi eux, Imen. Celle-ci, accompagnée d'une amie, a envahi le bureau du doyen, qu'elles mettent à sac. Ce dernier porte plainte. Imen en fait de même pour une prétendue gifle que lui aurait donné Habib Kazdaghli. Ce procès est considéré comme un test pour la justice tunisienne, trois jours après que le pays eut fêté l'anniversaire de la révolution de jasmin. Habib Kazdaghli se dit néanmoins " confiant " quant à son acquittement. Il a prévu de faire appel en cas de condamnation. Concernant la tenue même du procès il y voit "une tentative, vaine, d'instrumentalisation de la justice" explique t-il à l'Express. Il déplore le manque de soutien du ministère de l'enseignement tunisien dans cette affaire.

Tunisie : L'université de Tunis au coeur d'un procès - photo
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Il faut dire que ce procès a de forts accents politiques. Le ministère public a alourdi les charges pesant sur Habib Kazdaghli, allant même jusqu'à requalifier les faits. Néanmoins, il considère que la justice "a été correcte, neutre pendant le procès" et qu'elle avait eu " la volonté de chercher la vérité" en acceptant les requêtes de ses avocats. Il veut y voir un bon signe. Les examens se sont déroulés sans accidents notables à l'université de la Manouba. meltyCampus vous parlait des 670 étudiants syriens menacés d'exclusion par leurs universités et leurs combat pour y rester. La jeune femme qui avait porté plainte contre le doyen, souhaitant visiblement, elle aussi, poursuivre ses études, à finalement signer le règlement intérieur interdisant le port du niqab. Le doyen espère un dénouement heureux et souhaite continuer à défendre l'autonomie de son université concernant la discipline intérieure. Pour lui, " L'université à ses lois, universelles, une sphère qui lui est propre. La religion en a une autre."