Portrait : Hüseyin, jeune réalisateur de 24 ans

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Hüseyin a 24 ans, mais déjà un long parcours orchestré par ses deux passions les plus prégnantes : l'informatique et le cinéma. Et ce jeune réalisateur sait comment combiner les deux...

Pluie. A demi trempées et heureuses d’avoir pu trouver un café pour accueillir notre entretien, nous voyons Hüseyin arriver, sur son 31. Il sort du travail et n’a pas eu le temps de se changer. A 24 ans, ce jeune réalisateur franco-turc est en train de finaliser ses études et va devoir surmonter sa timidité naturelle pour nous parler de son parcours tortueux, mais encourageant. A la fois scientifique et artiste, il n’a eu de cesse de mêler ses deux passions tout au long de sa vie : l’informatique et le cinéma. Combiner les deux. Ce sera le fil conducteur de notre entretien, au cours duquel Hüseyin nous expliquera ses choix, souvent surprenants et pas toujours évidents.

Choix. Après un Bac S (filière S.I) passé dans le Var, Hüseyin s’inscrit en première année à l’école Epita, à Paris. Une école d’ingénieur que nous connaissons bien… « Ca m’a pas trop plu car j’ai senti que pour les quatre prochaines années, je devrais me consacrer qu’à ça » nous explique Hüseyin, qui à l’époque vivait une autre de ses passions : le théâtre. Une passion qu’il n’a pas voulu sacrifier, et qui l’a poussé à quitter Epita pour rejoindre Aix-en-Provence, et entrer dans un IUT informatique. C’est aussi à cette époque qu’il a hésité entre les écoles de cinéma et les études d’informatique, avant d’opter pour la seconde option. « On n’a pas besoin de faire une école de cinéma pour faire du cinéma » affirme-t-il. Hüseyin, prudent, a en effet toujours voulu assurer ses arrière, en se donnant la possibilité d’obtenir un diplôme aux débouchés sûrs. « Si ça se casse la gueule, je ne me retrouve pas à la rue ! ».

Tête baissée, Hüseyin a foncé dans ses études, avec une formation MIAGE en information et en gestion, qui lui a permis d’obtenir un diplôme prisé dans le monde du travail. Après deux années d’études classiques, Hüseyin a suivi sa troisième année à Paris Dauphine en multipliant les stages en agences web, en développement flash, à Istanbul en tant que chef de projet digitital, puis enfin en agence marketing. Pour lui, cette discipline est bien différente du cinéma, et lui a appris d’autres choses. « Ca m’a appris à gérer mon temps » nous indique-t-il. Hüseyin nous explique que l’informatique et le cinéma n’ont pas grand chose ne commun, qu’il estime avoir des « compétences sans être passé par une formation en cinéma » tandis que ses connaissances en informatiques n’ont été possibles que parce qu’il a suivi cette formation.

Alliage. Pourtant, Hüseyin a réussi à mélanger ses deux passions a priori contradictoire. En créant sa propre entreprise, Quadrangle Productions, qui produit des web-documentaires. Un format où se rejoignent ses deux compétences. Au début, cette société de production n’était qu’une structure donnant une existence légale à ses premiers courts-métrages, qu’il a tourné en amateur. En 2010, il écrit La Quatorzième, qu’il prévoyait de tourner en Turquie. Finalement, Hüseyin a fait en sorte de réécrire le scénario pour le tourner exclusivement en intérieur, dans un huis-clos étouffant. Ce film lui a permis d’affirmer sa personnalité artistique et les choix qui lui semblent essentiels dans la création d’un film. Par exemple, « pour moi, la personne la plus importante sur un film, c’est le chef-opérateur ». C’est pour cette raison qu’avant toute autre chose, Hüseyin a choisi son chef-opérateur pour La Quatorzième.

Début. Le film a suivi son bonhomme de chemin, est allé à Cannes au Short Film Corner. Une expérience intéressante, mais que Hüseyin n’a pas forcément l’intention de réitérer. « Faut y aller vraiment quand t’as quelque chose à faire. Y’a une ambiance très jet-set, j’aime pas trop » nous explique-t-il. Hüseyin aura fini ses études en septembre, et se « consacre un an dans le cinéma », avec Quadrangle. L’un de ses projets, en dehors du web-documentaire et des nombreux courts-métrages et clips produits par Quadrangle, s’intitule Huit mois et sera tourné dans son village natal, en Turquie. Hüseyin a l’intention de le produire et de le tourner dans de meilleures conditions, plus professionnelles que La Quatorzième. Il a même décidé de s’allouer un budget spécial pour les festivals, car jusque là, son film n’avait été inscrit que dans des festivals gratuits. Parallèlement, Hüseyin est lancé dans l’écriture d’un long-métrage. Il nous l’annonce avec timidité, presque honteux. « C’est un long processus » nous indique-t-il, expliquant qu'après l'écriture, le plus gros reste à faire. Et on sera là pour le suivre...