Université Paris Sorbonne : La Conférence annuelle du Master Affaires européennes, des pistes de réflexion pour l'économie de demain

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Le Master Affaires européennes de Paris Sorbonne tenait cette semaine sa conférence annuelle, avec l'objectif de mettre en avant l'Union Européenne et ses perspectives économiques pour les années à venir. Un sacré défi relevé avec brio. meltyCampus y était et fait un point.

Comme chaque année, le Master Affaires européennes de Paris Sorbonne (Paris IV) organise sa conférence annuelle. Cette fois-ci, on peut dire que la promo a mis le paquet. Leur parrain, Michel Barnier et Commissaire européen au Marché intérieur et aux services, était présent pour l'occasion, pour encourager les étudiants du master dans leur projet événementiel annuel. Au programme cette année, un panel riche d'intervenants pour répondre à une vaste question : "Quelles perspectives économiques et financières pour l'Union européenne à l'horizon 2015 ?" Une question qui fait bien entendu écho aux élections européennes le 25 mai prochain, qui permettront aux citoyens des pays membres de l'Union européenne d'élire leurs représentants au Parlement Européen. Ainsi, pour accompagner Michel Barnier dans l'animation de ce vaste débat, le Master Affaires européennes a réuni des acteurs clés de toute l'Europe, parmi lesquels on peut retrouver Sima Kammourieh (Conseillère au cabinet du Ministre délégué chargé des Affaires européennes, Ministère des Affaires étrangères français), Pierre-Henri Conac (Professeur de droit commercial et des sociétés à l'université du Luxembourg), Bertrand Marot (Directeur du Comptoir français de Petercam), François Villeroy de Galhau (Directeur général délégué de BNP Paribas) ou encore Pervenche Berès (Présidente de la Commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen) pour clôturer le débat, en remplacement d'Elisabeth Guiguou. meltyCampus vous en présente les grandes lignes.

Credits Photos : Photobbz (photobbz.com)
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Une régulation des marchés financiers indispensable

Il faut d'abord faire un point sur la situation économique actuelle avant de parler du futur. En effet, il y a nécessité de bâtir des bases économiques solides pour sortir de la crise qui sévit depuis 2008. Comme le souligne Michel Barnier, qui fête ses quatre ans de mandat de commissaire européen le jour même de la conférence de ce 10 février, il reste du chemin à faire tout d'abord dans la régulation des marchés financiers. En effet, le commissaire européen ne peut qu'observer l'absence de réglementations suffisantes. En Europe, 8 300 banques financent 75 % de l'économie, sans véritable garde-fou. D'autre part, l'importance de l'endettement, notamment public, ajouté à des budgets peu équilibrés, laissent les économies quelque peu enlisées. Enfin, l'absence d'une véritable gouvernance économique empêche d'avancer ensemble. A titre d'exemple, les problèmes de fiscalité sont réglés par le biais de la méthode de l'arbitrage, ce qui ne permet pas de les résoudre rapidement et de façon efficace. Une union monétaire sans une certaine union économique est contre-productive.

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Rétablir des bases solides pour vaincre la crise

Mais cette crise économique révèle une crise plus profonde au sein de l'Europe. Ainsi, il est nécessaire de "rétablir des bases solides et saines". Le Conseil européen des 28 et 29 juin 2012 marque la prise de nombreuses décisions à long terme pour sortir de la crise, première étape vers l'union bancaire, comme la création d'une instance de supervision commune des banques dans la zone euro . En effet, depuis le début de son mandat, Michel Barnier met tout en oeuvre "pour que chaque secteur, chaque entité financière soit soumis à une régulation" et pour que les "marchés financiers soient au service d'une économie réelle". Le Single Market Act va dans ce sens : 50 propositions proactives vers une unité pour un marché unique et éthique. Parmi ces mesures, une portant sur la mise en place d'un brevet européen en trois langues, coûtant 5000 euros au lieu de 30 000 euros actuellement ; encourageant davantage l'innovation des entreprises. On retrouve également une proposition pour simplifier les marchés publics afin d'encourager des appels d'offres, permettant alors jusqu'à 100 milliards d'euros d'économie.

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Vers une union bancaire

Ainsi, l'union bancaire est soutenue par beaucoup pour faire avancer l'économie européenne. François Villeroy de Galhau, Directeur Général délégué de BNP Paribas, en fait partie. Pour lui, il faut "accélérer les réformes", pour sortir de la crise. Il salue d'ailleurs le renforcement du rôle de la banque centrale européenne (BCE) qui gagne du galon pendant cette période, qui pour lui, représente un premier pas vers "l'architecture d'une véritable union économique européenne". Parce que l'union bancaire doit se faire afin qu'il y ait une véritable régulation des activités financières. Actuellement, des "barrières invisibles empêchent d'avancer" comme le shadow banking (acteurs concurrents des banques) ou la libre circulation du capital, qui entraine un déséquilibre de l'épargne. Sima Kammourieh, conseillère aux affaires économiques et financières de M. Thierry Repentin va dans ce même sens et préconise un pilier budgétaire pour répondre au pilier monétaire, afin d'améliorer la structure architecturale de l'Union européenne. Pour ce faire, il faut renforcer l'union bancaire autour de trois piliers : le premier, le mécanisme de supervision unique (MSU), qui suppose des règles communes pour toutes les banques, et qui entrera en fonction, sous l'égide de la BCE, en novembre 2014. Il restera à mettre en place le second pilier, le fonds de résolution européen pour renflouer les banques défaillantes, et le troisième, l'assurance européenne des dépôts.

Au-delà de cette union bancaire, il sera nécessaire de mettre en place une "coordination voire une harmonisation" (les Etats membres devraient remettre un peu plus de leur souveraineté à l'Union européenne) pour permettre la mise en place d'une véritable économie européenne. La question des paradis fiscaux ou encore de l'évasion fiscale sont également évoquées lors du débat. Pierre Henri Conac ou encore Bertrand Marot, respectivement basés au Luxembourg ou en Belgique, peuvent partager leur vision de la situation. L’Union européenne a bien conscience d’avoir en son sein de tels pays (au même titre que l'Irlande ou l'Autriche) considérés comme des paradis fiscaux, Suite au G20 de Londres, elle essaie d’aller vers la fin de ce genre de pratiques, en promouvant l’échange automatique d’informations. Une tâche difficile pour laquelle l'Union se bat.

Vaincre l'euroscepticisme à la veille des élections

Mais un des vrais enjeux de l'Union européenne sera de vaincre l'euroscepticisme qui règne chez bon nombre de citoyens européens. Pour François Villeroy de Galhau, il faut, pour y arriver, de "vrais projets européens" autour des emplois jeunes notamment, avec le programme Erasmus pour les apprentis. Montrer que l'Union européenne apporte du bon pour ceux qui en font partie. D'autre part, il est important de faire mieux comprendre aux citoyens ce qu'a apporté l'Union européenne, par exemple pour le transport aérien, les télécommunications, l'euro ou l'Espace Schengen, qui assure une libre circulation des biens, des services et des personnes. En quelque sorte, réveiller un sentiment d'union plutôt que de repli sur soi. "L'Europe est une réalité pour laquelle il faut se battre" souligne Pierre Henri Conac. Oui, il faudra sans doute insister sur les forces de l'Union. Mais la conférence annuelle du Master des Affaires européennes de Paris Sorbonne aura permis de s'interroger sur ces problématiques cruciales à la veille des élections européennes, qui font malheureusement peu parler d'elles jusqu'ici. En espérant que ces initiatives impliquent davantage les citoyens. En tout cas, le débat est ouvert par ces jeunes étudiants, avec brio et "professionnalisme", comme le soulignent des personnes présentes au débat. En espérant qu'il continue de plus belle.

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