Manifestations en Turquie : Elisa Couvert revient sur son expérience

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Elle était venue à Istanbul pour faire son mémoire. Mais dans cette aventure la jeune fille aura surtout gagné de pénibles souvenirs. Elisa Couvert revient sur son expérience avec Rue89.

Elisa a fait partie des deux étudiantes arrêtées en Juin dernier à Istanbul. Un périple sur lequel elle est récemment revenue pour le site rue89. C’est à l’occasion d’une année en Erasmus il y a trois ans que la jeune fille a découvert le pays. Un pays auquel elle s’est vite attachée au point qu’elle y est retournée deux années supplémentaires et a décidé d’effectuer un mémoire sur les kurdes qui apprennent le kurde une fois adultes. Elisa a été présente depuis le premier jour des manifestations auprès des turques sur la place Taksim. C’est le 11 Juin, lorsqu’après des jours d’émeute la police a finalement réinvesti les lieux que son histoire a pris un autre tournant. « Les policiers étaient énervés, un de leurs blindés était en train de brûler. J’ai suivi un groupe mais je ne voyais rien, je n’ai pas pu choisir l’endroit où j’allais me réfugier. C’était juste le temps de reprendre mes esprits et d’attendre que ça se calme ». Problème : le refuge de fortune de la jeune fille se trouve être le siège du SDP, parti pour la démocratie socialiste particulièrement critique envers le gouvernement et donc dans le collimateur d’Erdogan. Après quelques minutes la police intervient dans l’immeuble et effectue une intervention virile « Une fille à côté de moi a reçu une balle en caoutchouc dans le bras, ils ont volontairement serré extrêmement fort nos menottes». Après 4 jours de garde à vue, Elisa déclarée libre sera emmenée dans ce qu’on lui présente comme la maison des invités et qui se révélera être un centre de détention.

Manifestations en Turquie : Elisa Couvert revient sur son expérience - photo
Manifestations en Turquie : Elisa Couvert revient sur son expérience - photo
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« Au premier étage, je vois des hommes accrochés aux grilles, torse nu. Au deuxième, des femmes débraillées, allongées sur des couvertures. On me laisse là, les policiers s’en vont. Chaque jour, tu crois que c’est le dernier jour, et puis non. Des femmes sont là depuis cinq mois » confie encore émue Elisa. Elle raconte les repas périmés, les puces et la moisissure partout autour d’elle. Au terme d’acrobaties administratives via son avocat, Elisa est heureusement sortie mais elle n’a pu, comme elle le souhaitait rester en Turquie. Espérons que cette mésaventure ne lui aura pas fait perdre le goût du voyage. Aurais-tu peur de partir aujourd'hui en Turquie ?