Mali : L'université, corrompue jusqu'à la moelle

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Parmi les dossiers que devra affronter le nouveau président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, celui de l’éducation sera l’un des plus importants. meltyCampus vous en dit plus.

Le site Rue89 dresse ce matin un état alarmant du secteur de l’Education au Mali, où le calme est revenu, après la crise politique et les élections présidentielles qui l’ont suivie. Soumis à un manque d’effectifs, et gangrené par la corruption, le secteur vit une véritable descente aux enfers et ne cesse de se dégrader. Le patron d’une agence de communication le confirme au site d’info : « Aujourd’hui, les étudiants que nous prenons en stage ont un niveau d’écriture de dernière année d’école primaire. » 16% des 15-39 ans au Mali sont sans emploi, et 60% de la population a moins de 25 ans. On comprend dès lors l’importance de redresser la situation du système éducatif. Chez ces jeunes, beaucoup désespèrent de trouver du travail dans leur pays natal : « Ici on n’accède à rien sans piston », déplore Awa, 19 ans. Les bourses par exemple, suscitent un véritable marché noir. Des étudiants fictifs empochent des sommes pouvant atteindre 533 euros par mois, alors que d’autres, bien réels se débrouillent comme ils peuvent. A cela, s’ajoutent les grèves à répétition des enseignants qui exigent de meilleurs salaires, estimant que les 370 euros en moyenne qu’ils touchent ne sont pas suffisants (à titre d’info, le salaire moyen des professeurs sénégalais est de 1300 euros). Tiébilé Dramé, patron de presse et candidat un temps à la présidentielle, avant de se désister, résume la situation en quelques mots : « L’école est le reflet de la société. L’argent est devenu roi et un système de corruption permet aux fils à papa d’acheter les notes. »

Mali : L'université, corrompue jusqu'à la moelle - photo
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Les combines sont nombreuses, et vont de l’étudiant qui achète son diplôme, au prof exigeant des faveurs sexuelles pour délivrer le précieux sésame. A l’origine de cette situation, la réduction des postes d’enseignants à l’école publique et la multiplication des écoles privées. Sur les 223 lycées du pays, seulement 43 sont publics. Par ailleurs, les lycées privés ne représentent que 12% du taux de réussite au baccalauréat (en 2012). Le défi à relever est donc important dans ce secteur dont la mauvaise santé a conduit entre autres à la dislocation de l’armée. Actuellement, le Mali est à la sixième place en partant du bas, dans l’index des Nations unies sur le développement humain.