Les filles exclues des filières scientifiques ?

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Ce n'est pas nouveau : il y a peu de filles en sciences "dures". Reste à savoir pourquoi et à corriger le tir. meltyCampus a voulu en savoir davantage.

L'étude Atelier Science menée avec l'Académie de Paris le 20 mai dernier est accablante : la désaffection des filles pour la science est toujours aussi préoccupante. Elle empire, même. Les chiffres sont désastreux : pour 46% de Terminale S féminines, on tombe à 28% dans les filières scientifiques universitaires et…3% de prix Nobel. Pourtant, dans le secondaire, les filles sont aussi bonnes et même meilleures que les garçons, particulièrement au collège. Ce 3 octobre, un groupe de réflexion s'est rassemblé pour discuter d'Atelier Science. Cette étude a rassemblé 130 lycéens de seconde de 5 lycées parisiens mixtes d'un point de vue socioculturel (Sophie Germain, Diderot, Condorcet, Paul Bert et Charles de Gaulle), et 9 professeurs. Il s'agissait de leur faire partager leurs idées à propos des métiers scientifiques et des femmes qui les exercent. Les résultats ne sont pas vraiment rassurants. Et dire que l'on parle déjà de sexisme dans les Grandes Ecoles...

Les filles exclues des filières scientifiques ?

Le premier facteur à prendre en compte, c'est la complète méconnaissance des jeunes à propos des métiers scientifiques. Ils ne se représentent pas du tout ce que "les scientifiques" font, concrètement, dans leur métier. Pire, ils ont des a priori bien ancrés sur le sujet. Ce seraient des métiers arides, hostiles, où il faut beaucoup travailler. Ils seraient également très élitistes, réservés à des élèves exceptionnellement doués, et riches, puisque dans la tête des lycéens, les formations qui y mènent sont forcément chères, dispensées par "des écoles privées". Des exemples comme le parcours de Norah, ingénieur en énergie et environnement, ne leur parle pas du tout.

On peut ajouter à cela que les lycéens sont très influencés par les attentes de leurs parents et savent rarement ce qu'ils veulent faire après le bac. "La filière S, c'est la voie royale, celle qui ouvre le plus de portes", explique Jean-Baptiste, présent à la réunion et élève en terminale S. "On apprend des choses générales sans trop savoir à quoi ça sert". Il note aussi une "culture de la rapidité". Quand un nouveau gadget technologique est mis au point tous les six mois (au point que des étudiants chinois s'endettent pour se payer un iPhone 5), difficile d'envisager qu'un chercheur puisse passer toute sa carrière sans faire de découverte majeure dans son domaine. Du coup, quand on interroge les futurs bacheliers, ils ne se projettent pas dans un métier mais dans un style de vie, autrement dit, ils veulent (très) bien gagner leur vie.

Les filles exclues des filières scientifiques ?

Le second facteur, évidemment, c'est les stéréotypes de genre. Le point de vue des lycéens sur les scientifiques est extrêmement caricatural. Ce seraient des femmes laides, négligées, voire "qui ne se lavent pas". Elles n'auraient pas de vie privée, car elles l'auraient abandonnée au profit de leur carrière, et ne pourraient pas vraiment être aimées par un homme. On note malgré tout une certaine admiration pour ces femmes scientifiques imaginaires, vues comme des héroïnes sacrifiées pour le bien de la science.

Difficile cependant pour les jeunes filles de s'identifier à de tels modèles. En plus de ça, elles s'autocensurent, effrayées de devoir se trouver une place dans un monde d'hommes. Les garçons en sont bien conscients : "elles ont peur de faire tache", disent-ils. Les filles se plaignent également de ces stéréotypes, du fait que quand elles sont petites, on leur offre des poupées alors que des garçons ont des livres d'astronomie, ce qui leur "donne de l'avance". Le cliché de la femme dont le rôle est de se marier, de faire des enfants et de rester au foyer est très présent. "Un travail de femme, c'est secrétaire", affirment beaucoup de lycéens. Leurs professeurs eux-mêmes ne sont pas vraiment conscients du problème. Pour eux, les filles ont naturellement plus de goût pour les lettres ou le social, et ne sont pas encouragées par leur entourage, notamment leurs parents. Même en médecine, où les femmes sont pourtant les plus nombreuses, ça coince. Nathanaëlle, camarade de classe de Jean-Baptiste, témoigne : elle veut devenir pédiatre, et ne cesse d'entendre que c'est trop dur pour elle. Elle persiste car, dit-elle, "j'ai beaucoup de fierté". On lui souhaite de réussir, comme Apolline, 19 ans, étudiante en médecine et future pédiatre.