Le harcèlement sexuel à la fac, un phénomène méconnu ?

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Le harcèlement sexuel est un délit qui serait méconnu des facs française. meltyCampus relève ce point et tente de vérifier ses fondements. Est-ce parce qu'il n'y en a pas ?

"Lorsque j'ai passé mon master, mes relations avec mon directeur de mémoire se sont progressivement dégradées. Au début, elles étaient plutôt cordiales, même sympathiques. Et puis au fil des mois, il s'est mis à me poser des questions intimes, me disait que je serais plus jolie si je mettais des décolletés. Il me faisait la bise et une fois s'est approché trop près de mes lèvres. J'en ai parlé à mes parents et j'ai envoyé des signaux extrêmement fermes, quitte à avoir de mauvaises appréciations." Ce professeur était réputé pour ces agissements. L'administration a fermé les yeux, voilà ce que nous explique Le Monde à travers ce témoignage anonyme. Comme aux Etats-Unis, où le harcèlement est reconnu, en France, le harcèlement sexuel serait très présent dans les facs, mais trop méconnu car il a lieu dans un espace restreint. Cet espace, l'université, met en place une proximité étudiant-professeur souvent trop ambiguë. Vincent Berger, président de l'université Paris-Diderot, est radical : "Le duo étudiant-professeur est un duo à risque. A l'intimité intellectuelle s'ajoutent les conditions psychiques d'une emprise intellectuelle du professeur, qui est le sachant, ce qui le met en position d'hégémonie intellectuelle", explique t-il en s'appuyant sur les thèses ou les mémoires qui lient les élèves à leur professeur, "et cette dépendance peut durer très longtemps".

Le harcèlement sexuel à la fac, un phénomène méconnu ? - photo
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Le sujet du harcèlement dans les universités a émergé en 2002 avec la création par de jeunes doctorantes du Clasches – Collectif de lutte antisexiste contre le harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur. En novembre 2012, une circulaire du ministère essaie d'attirer l'attention des responsables d'établissements sur les mesures de prévention et les dispositions à prendre dans le cas où ils se retrouveraient dans cette situation. Pourtant, peu d'universités ont pris des initiatives même si les faits sont là, le harcèlement à la fac ça existe. "Violences verbales, commentaires sur la vie privée, remarques sur le corps, injonctions à être sexy (...), propositions sexuelles voilées ou explicites", résume l'Association nationale des études féministes (ANEF) dans le livre Le Genre dans l'enseignement supérieur et la recherche. Le problème ? Les risques professionnels qui plongent les étudiantes (principales touchées) dans le mutisme. De plus, les procédures prennent énormément de temps. "Il n'y a pas de décomptes des plaintes déposées auprès des présidents d'université, pas de décomptes non plus des procédures lancées et encore moins des sanctions", indique Christelle Hamel, chargée de recherche à l'Institut national des études démographiques dans l'unité sur le genre. "Par peur des représailles – risque de non-publication d'une thèse, menace de ralentissement de la carrière professionnelle, lenteur pour faire une demande de renouvellement de visa pour les étudiantes étrangères –, une sorte d'omerta s'installe au profit des harceleurs", selon Clara, membre du Clasches.

Le harcèlement sexuel à la fac, un phénomène méconnu ?

Un début de réforme se profile, explique Le Monde. Lors du vote au Sénat de la loi "Égalité femmes-hommes", un amendement porté par Françoise Laborde (PRG, Haute-Garonne) a été adopté. Il prévoit qu'en cas de suspicion légitime sur l'impartialité de la section disciplinaire, la victime peut demander le déplacement de l'affaire dans un autre établissement. Le journal rappelle également que le décret d'application pour définir une méthode simple de cette nouvelle procédure est en cours d'écriture au ministère de l'enseignement supérieur. Alors ce risque est-il dû à ce "binôme intellectuel" que créent les travaux de fin d'étude ? Ou est-ce un égarement des professeurs ? Si on s'interroge sur le rôle des femmes dans ce supposé harcèlement, il y aurait des commentaires... Reconnaissons tout de même qu'il peut y avoir des exceptions. Ensuite, les universités sont censées avoir cette responsabilité. Dénoncer un confrère, malgré qu'il soit "reconnu" ou admiré, devrait être la solution, il reconnaîtrait sa faute de lui même et démissionnerait comme l'a fait ce prof de philo américain. En attendant, les facs cumulent les campagnes et les conférences autour du sujet pour sensibiliser les étudiants et les professeurs, afin qu'ils n'aient pas peur des conséquences dans le fait de dire la vérité.

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