Le harcèlement à la fac, ça existe

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On le pensait réservé au monde du travail, mais le harcèlement, moral ou sexuel, existe bel et bien dans la sphère universitaire. Des politiques sont créées pour lutter contre ce phénomène, beaucoup plus répandu qu'on ne le pense.

Angoisse, perte de confiance en soi, troubles de santé, suicide. Les symptômes du harcèlement, qu'il soit moral ou sexuel, sont bien connus. Le harcèlement moral qualifie "toute conduite abusive de tout supérieur hiérarchique ou collègue, qui pendant une durée certaine, se manifeste par des comportements, des actes, des paroles, des écrits, répétés". Ces derniers visent systématiquement la (les) les même(s) personne(s), et portent gravement atteinte à sa personnalité, son intégrité psychique. Elles tendent à rendre impossible le maintien de son emploi en dégradant volontairement ses conditions de travail. Le harcèlement sexuel consiste , lui, en un "ensemble de gestes, d'attitudes de paroles ayant une connotation sexuelle et susceptibles de porter atteinte à la dignité d'une personne. La victime voit alors sa dignité, son intégrité morale et physique atteintes". Une violence perverse et pernicieuse présente dans le monde du travail mais également au sein de la sphère universitaire. En effet, ce délit peut-être commis par un ou une enseignante vis-à-vis d'un ou plusieurs de ses élèves. Le contraire est également possible. En témoigne cette affaire survenue en 2011. Une étudiante de 30 ans a été placée en garde à vue pour avoir harcelé son professeur de langue à la faculté des lettres de Limoges. L'enseignante, âgée de 60 ans, était persécutée depuis le début de l'année universitaire par cette étudiante, apparemment éprise d'elle. La jeune femme avait commencé par lui envoyer des mails, puis s'est mise à la traquer, à la sortie des cours en voiture. L'enseignante a fini par porter plainte. Si cette dernière affaire a fini en justice,uneaffaire de bizutage avait été classée sans suite à Poitiers.

Ces sévices peuvent-être également exercés entre collègues. L'exemple de Christian Abry, 64 ans à l'époque des faits, et professeur à l'Université Stendhal, Grenoble III, est édifiant. En 2009, il écopait d'une amende de 5 000 euros par le tribunal correctionnel de Grenoble pour avoir harcelé cinq femmes et un homme, qui avaient déposé plainte entre 2005 et 2007. A la barre, les victimes ont décrit les colères, les propos humiliants, sexistes et graveleux, ainsi que les insultes répétées par ce professeur. "Je me suis fait traiter de salope, de commère et de nulle", a déclaré une chercheuse au CNRS, en qualifiant le prévenu de " pervers". On peut conclure par le cas tragique de cet étudiant gay. En 2010, il se suicidait car ses ébats sexuels avait été filmés à son insu par son colocataire puis retransmis en direct sur Internet. Ce fait divers, à l'heure du débat sur le mariage gay pour lequel des étudiants manifestent, montre bien le chemin qu'il reste à parcourir. Violence au quotidien, le harcèlement doit être combattu. Pour cela, des campagnes de sensibilisation sont menées sur les campus. Par exemple, au Canada, la Fédération Québecoise des Professeures et Professeurs d'Université (FQPPU) a édité un guide de sensibilisation et d'action contre le harcèlement psychologique. Pour que plus jamais de tel drames ne se reproduisent, la France doit aussi être à la pointe dans cette lutte. Le paradigme Science Po Bordeaux doit servir à prendre conscience que des comportements sexistes ne doivent pas se banaliser. Des associations luttent déjà contre le bizutage. Mais ce crime devient harcèlement lorsqu'il est répété. meltyCampus vous le disait : les étudiants les plus acharnés sont aussi les plus pervers. Il est donc urgent de la part des pouvoirs publics d'agir. Les étudiants ont aussi leur rôle à jouer, en ne cautionnant pas ce type de comportements. Justifier le sexisme, le harcèlement, le bizutage, par un humour potache à prendre au second degré, est le pire des arguments pour cautionner ces brutalités.