Journal d'une hôtesse de caisse étudiante : Quand tu croises quelqu'un que tu connais

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Une fois étudiante, tu te dis qu'il serait bien de gagner un peu d'argent pour enfin quitter le foyer familial et être indépendante ! Mais tu ne trouves pas tout de suite le métier de tes rêves. Moi, je suis hôtesse de caisse (oui, caissière) et c'est toute une aventure !

#7 : Quand tu croises quelqu'un que tu connais

Avoir trouvé un travail à côté de chez moi est très pratique. Je suis à 15 minutes du supermarché ce qui me permet de me lever plus tard, de rentrer plus vite chez moi le soir et de travailler avec des personnes que j'ai connues pendant ma scolarité. Ce dernier point peut se transformer en inconvénient : travailler à côté de chez moi veut dire aussi croiser des personnes que je connais. Quand il s'agit de personnes que tu n'as pas vu depuis longtemps, ça peut être très sympathique mais quand ce sont des personnes que tu n'as pas envie de voir, il est difficile de se cacher derrière sa caisse et de faire comme si de rien n'était. C'est ce même genre de personnes que tu peux croiser en fiesta. A ce moment je n'ai qu'une envie, qu'elles aillent embêter quelqu'un d'autre. Certains jours, je n'ai vraiment pas envie de leur parler et de faire comme si je m'intéressais à leur vie. Deuxième raison : je n'ai pas envie que tout le monde sache que je travaille comme caissière : ils vont penser que j'ai raté ma vie (attention, je ne critique pas les hôtesses de caisse qui travaillent depuis plus de 20 ans). De manière générale, quand ces personnes me reconnaissent à la caisse, ils réagissent de deux façons : soit elles sont contentes de me voir, soit elles font comme si je n'existais pas.

Pas de raisons de s'étonner, les personnes ravies de me voir sont mes amis ou amis de famille. Ils font en sorte de passer à ma caisse (même s'il y a plus de monde) et s'ils ne le peuvent vraiment pas, ils s'arrêtent à côté de moi pour me faire un petit coucou. Chaque semaine, j'ai le droit au regard de ma maman qui m'espionne du coin de l’œil (ma famille proche n'a pas le droit de passer à ma caisse pour ne pas qu'on m'accuse de vol). C’est un moment plutôt agréable qui te permet de penser à autre chose et de prendre quelques nouvelles : "Comment vont ta famille et tes études ?". Ce bonheur est vite gâché par les personnes qui font semblant de ne pas te reconnaître. On l'a tous fait un jour : utiliser la technique du "je ne t'ai pas vu". Quand je les vois faire ça, je n'ai qu'une envie : les secouer (non, je ne suis pas violente). Un jour, une de mes vieilles amies est passée à ma caisse. Quand je dis « vieille » c'est qu'on a passé la maternelle, primaire et collège dans la même classe et qu'on s'entendait super bien mais on s'est perdues de vue au lycée. Je l'ai vu arriver à ma caisse et après quelques hésitations, j'ai su mettre un nom sur son visage. Elle m'a forcément vue (on regarde tous au moins une fois la caissière) et je pense même qu'elle m'a reconnue. Bizarrement, elle a fait en sorte de me tourner le dos et de regarder ailleurs pendant tout le moment où je passais les courses de sa famille. Vous êtes d'accord avec moi, c'est plutôt étrange. Un comportement que je pourrais sûrement ajouter à ma liste des choses que je déteste dans un prochain épisode du journal d'une hôtesse de caisse.

Au tout début de ce job étudiant, il m'est arrivé une petite anecdote amusante. Je passais des clients à ma caisse quand tout à coup, je me retrouve nez à nez avec mon ancienne maîtresse de CM1/CM2. Super contente, je me demandais si elle m'avait reconnue. Elle m’a regardée et quelques minutes plus tard, elle m’a demandée "Vous êtes bien Emilie Flo. Non ?" Incroyable, après plus de 10 ans d'absence, elle me reconnaît. Elle a continué à me fixer et j’ai senti son angoisse monter dans ses yeux. Mettez-vous à sa place, voir une de ses anciennes élèves, plutôt brillante (il faut l'avouer en primaire je faisais partie du top 3) qui est devenue caissière. Elle a réussi à aborder le sujet de façon très délicat et poli : "Tu travailles toute la semaine ? Depuis combien de temps ?". Je lui ai répondu (pour la rassurer aussi) : "Je travaille à temps plein pendant les vacances scolaires". A cette phrase, j'ai eu l'impression de voir le poids qu’elle sentait sur sa poitrine disparaître. Non, ce n'est pas mon travail de tous les jours et je suis toujours étudiante. J'étais ravie de la revoir et je m'épate toujours autant de la mémoire qu'ont les profs. Comment arrivent-ils à se souvenir de tous les noms de leurs élèves ? J'ai tendance à exagérer les choses et les clients que je croise ne sont pas tous chiants comme j’ai pu le décrire dans l'épisode 3 : les clients du journal d'une hôtesse de caisse.