Jeunes écrivains : Comment se faire éditer et autres galères...

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Au pays de la galère, les jeunes écrivains sont rois. Galères pour se faire éditer, arnaques à la pelle et promotions difficiles, zoom sur un monde sans pitié !

Ils sont étudiants ou jeunes travailleurs, mais rêvent d'autre chose : devenir des écrivains édités. Selon un sondage Ifop réalisé l'année dernière pour le site monBestSeller.com, 17% des français s'adonneraient à cette passion, soit 11 millions de personnes, en France. Et si tous n'ambitionnent pas d'être édités, il faut tout de même reconnaître qu'ils sont très nombreux sur les rangs, à envoyer leurs manuscrits (ou tapuscrits pour ceux - de plus en plus nombreux, évidemment - qui écrivent leur roman sur ordinateur) à des dizaines de maisons d'édition en attendant le Saint-Graal. Parmi eux, beaucoup de jeunes : 28% des 15-24 ans écrivent, et 23% des 25-34 ans. Sur le forum Jeunes Écrivains, ils sont nombreux à faire part de leurs déboires de jeunes auteurs, face à la galère de l'édition. Un monde sans pitié où règne un chiffre désespérant : sur 6000 manuscrits envoyés par la Poste chaque année dans des maisons d'édition, seul 1 serait publié !

A partir de là, les rumeurs sont nombreuses. Les maisons d'édition (surtout les plus grandes), ne liraient pas les manuscrits reçus. Les écrivains sans aucune relation dans le monde de l'édition seraient de moins en moins nombreux à être publiés. Faux, assurait Louis Gardel, président du comité de lecture du Seuil depuis dix ans, à L'Express : "Au bout de trois pages, on a une première idée de la qualité. Et on décèle aussitôt un ton nouveau." expliquait-il. Un argument qui ne convainc pas les jeunes écrivains, qui partagent sur le forum les réponses à leurs envois de manuscrits, souvent des lettres-type : "Comme beaucoup ici, après plusieurs envois chez de nombreux éditeurs, d'abord très connus ou simplement connus tels que Gallimard, Hachette, Flammarion, et d'autres encore (oui nous pensons tous avoir des chefs d'oeuvres dans nos mains) (..) de nombreux refus se suivent tous avec une même lettre type. Le genre 'malgré les qualités blablabla, le livre ne correspond pas a notre ligne éditoriale blablabla bon courage dans vos recherches'" écrit un membre du forum, âgé de 30 ans.

Si certains trouvent leur bonheur dans des maisons d'édition plus petites (et donc moins demandées - mais souvent très sollicitées malgré tout) et ne proposant pas d'à-valoir, d'autres choisissent la solution de l'auto-édition. Un choix souvent fait par défaut, mais qui peut s'avérer satisfaisant. Sur le forum, les témoignages d'auto-édités sont nombreux mais l'un des topics créé est plus fourni que les autres : c'est celui de l'auteure Kylie Ravera, qui a publié les sept tomes de saga La tentation de la pseudo-réciproque, en auto-édition. Sur le forum, elle explique son parcours en long et en large, avec humour et lucidité : "Mai 2008 : j’ai reçu 5 lettres de refus type et j’ai terminé mon tome 2. Je découvre le site lulu.com et pour 10€ pièce, je commande deux exemplaires de mes romans. Ils arrivent une semaine plus tard. La couverture est toute verte, avec le titre et mon nom écrits en jaune dessus. C’est très moche mais je trouve ça beau. Au point que je me dis : et si j’essayais d’utiliser la plateforme de Lulu pour vendre mes livres ?" écrit-elle. Sa saga se situe dans le monde des classes préparatoires, et rencontre un certain succès dans le vaste monde de l'auto-édition !

L'auto-édition, un pis-aller ? Pour certains, cette solution reste cependant préférable à l'édition à compte d'auteur, une pratique grandissante dans le monde de l'édition, et que beaucoup considèrent comme une arnaque. En quoi cela consiste-t-il ? Vous envoyez votre manuscrit à une maison d'édition (souvent peu connue). Celle-ci l'accepte à condition que vous déboursiez quelques milliers d'euros et que vous assuriez vous-même votre promotion. Une pratique à laquelle de nombreux jeunes écrivains ont été confrontés : "Notre liberté se réduit à peu de chose près à ne pas signer avec une maison à compte d'auteur ou à choisir l'auto-édition" résume avec pessimisme un autre membre du forum face aux interrogations d'une jeune auteure de 18 ans.

Le miracle existe, pourtant. Sylvain, 23 ans, a été publié il y a un an dans une maison d'édition ayant pignon sur rue. Une fierté pour ce jeune niçois n'ayant aucune connaissance dans le monde de l'édition. "Jusqu'ici, j'écrivais dans ma chambre et je ne pensais pas être lu un jour" explique-t-il à meltyCampus. "J'ai envoyé mon manuscrit par la Poste, un jour, et on m'a dit oui. Je n'en revenais pas". Le jeune homme ne vit pas de sa plume, comme la quasi-totalité des écrivains en France, mais a tiré de son premier roman un petit à-valoir qui lui a permis "de payer la caution de [son] appart'" sourit-il. "Autant dire que c'est pas grand chose, mais c'est toujours ça".

Parmi tous ces jeunes écrivains français, se cache-t-il l'auteur d'un futur best-seller ? Aux Etats-Unis, les universités ont très bien compris que la demande existait, et les formations pour écrire un best-seller fleurissent. En France, les facs sont plus timides et commencent à peine à proposer à leurs étudiants des Masters de création littéraire, comme à l'université du Havre. Le futur de l'édition se cache-t-il là ?