Harcèlement : L'université n'est pas épargnée

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Même si c'est le harcèlement au collège et au lycée qui fait la une des journaux la plupart du temps, le harcèlement à la fac ça existe. meltyCampus fait le point sur la situation.

Alors que le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon a lancé ce mardi 26 novembre une campagne pour lutter contre le harcèlement scolaire, meltyCampus s'intéresse à cette situation dans les universités. Le harcèlement est bel et bien présent, et il peut prendre diverses formes à la fac. Il peut se traduire par du harcèlement moral, comme des insultes ou des menaces. Les victimes peuvent aussi subir des agressions physiques. Pour Ariane Bilheran, docteur en psychopathologie et spécialiste du sujet : "Le harcèlement vise la destruction progressive d'un individu ou d'un groupe, par un autre individu ou un groupe." Selon elle, l'objectif du harcèlement est de "soumettre" ou de "démettre", ce qui suscite et entretient un état de terreur chez la personne harcelée. Jonathan raconte pourquoi il s'est immolé par le feu dans son livre Condamné à me tuer. Il ne voulait plus subir les violences verbales et physiques de ses harceleurs qui agissaient dès que le professeur avait le dos tourné. Le problème de ce comportement, outre son existence, concerne les agissements commis, qui sont dans toutes les sphères de la vie : privée, professionnelle ou publique. "Le phénomène est surtout développé à l'école et au collège, car très lié à cette période de la vie, mais il serait faux de dire qu'il n'existe pas après", explique Béatrice Copper-Royer, psychologue spécialisée dans la clinique de l'enfant et de l'adolescent. À l'université, les professeurs sont souvent les principaux mis en cause, des étudiants racontent comment ces derniers profitent de leur situation à des fins sexuelles ou financières. Mais le harcèlement n'est pas réservé au monde professionnel, aux femmes ou aux enfants.

Harcèlement : L'université n'est pas épargnée
Une forme variable

"Le harcèlement existe aussi bien sûr dans l'enseignement supérieur", poursuit Béatrice Copper-Royer dans le Figaro Etudiant. Dans le cas des enfants, le harcèlement est principalement un effet de groupe, ou lié à l'éducation des parents, volontairement ou non. Dans le cas des étudiants, le harcèlement, au sens large du terme, est moins présent. Il se traduit généralement par du sexisme, ou du racisme. Les étudiants agissent ici contre un individu ou un groupe "différent", à cause de sa couleur de peau, sa religion, son genre, sa sexualité… En Russie, ce sont les étudiants gays qui sont humiliés. Dans les facs, on pense que l'impersonnalité des lieux et l'absence de groupe préconçu par le milieu scolaire (l'appartenance à une classe, une promotion) protègent les étudiants qui sont très nombreux. Par contre, l'apparition de groupes et de compétitions peut faire naître une rivalité qui "pousse parfois certains élèves à en dénigrer d'autres" explique Catherine Rioult, psychologue clinicienne et psychanalyste. Selon elle, dans une situation de compétition, le harceleur "peut chercher à briller, sans forcément vouloir intentionnellement écraser les autres." Si cette situation montre un acte involontaire de harcèlement, il faudrait savoir comment différencier l'acte volontaire pour mieux le stopper. Comme pour les soirées étudiantes à thèmes qui provoquent la polémique, les étudiants se défendent en disant qu'ils n'ont pas l'intention d'offenser. Il faut également évoquer le bizutage, nouvellement nommé "intégration".

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Le bizutage

Il est difficile de voir le bizutage comme du harcèlement. Le terme "harceler" signifie "soumettre sans répit à de petite attaques". Ce mot tire son origine de l'étude du comportement des diverses espèces animales, l'éthologie. Chez les animaux, le harcèlement est l'attitude du "petit" qui attaque de manière répétitive le "gros" pour faire fuir le prédateur. Le bizutage se distingue ici par son côté "ponctuel", généralement lors des soirées d'intégrations, alors que le harcèlement est défini par son action diffuse et répétitive. Pourtant, à l'inverse des animaux, chez les hommes, le "dominant" agresse le "dominé". Le "bizut" peut donc être vu comme une victime du harcèlement. De nombreux étudiants ont été traumatisés par un bizutage, au point d'être dégoûté de tout ce qui leur rappelle ces moments. Une internaute "bizutée" à la fac et "victimisée" depuis la maternelle raconte sa paralysie devant les bureaux de vote : "Je dois voter dans l’école maternelle qui est à côté de chez moi. Pourtant je repousse tout le temps, aujourd'hui j’ai fini par ne plus aller voter. Je n'arrive plus à rentrer dans une école quelle qu'elle soit." Pour les psychologues, le harceleur n'a pas confiance en lui et c'est pour cela qu'il essaye de renforcer son estime en s'attaquant aux plus faibles. Le bizutage est une situation plus complexe pour Pascale Senk, écrivain et journaliste spécialiste des sujets de psychologie : "Dans le bizutage, il y a traditionnellement un rituel qui est reproduit, une sorte de rite initiatique. C'est au moment où cela devient avant tout une jouissance pour celui qui est l'instigateur du bizutage qu'il faut s'interroger."

Harcèlement : L'université n'est pas épargnée
Une solution humaine

Au final, les étudiants sont moins touchés que les plus jeunes mais le problème reste le même. Une étude de l'université Riverside publiée dans la revue Theory Into Practice, suggère que c'est l'ambiance dans l'établissement qui influe sur le comportement des jeunes. Pour les chercheurs, une relation entre les étudiants et les enseignants est cruciale pour atteindre une ambiance positive. Elle considère toutefois qu'il faut punir les "harceleurs" en fonction du règlement. Pour Eric, ancien harcelé, le besoin de vengeance s’est envolé lorsqu’il a arrêté de se voir comme une victime. "Je connais bien un de mes harceleurs, devenu lui aussi adulte. Un homme coléreux, minable et autoritaire", raconte-t-il dans le journal 20 Minutes. Vincent Peillon, le ministre de l'Education nationale, a décidé de s'attaquer à ce fléau dans les établissements scolaires. Dans le but de prévenir et de lutter contre le harcèlement, des "élèves-médiateurs" pourraient voir le jour. Ces élèves du même âge pourraient ainsi intervenir sans aide extérieure. Pour Vincent Peillon, le problème doit être réglé de façon douce et en privilégiant le dialogue, principalement entre élèves. Bien entendu, pour fonctionner, il faut que chaque crise soit signalée et prise en charge. Il faut alors que les étudiants harcelés combattent le silence dans lequel ils se réfugient trop souvent. Toutefois, aujourd'hui une nouvelle dimension s'ajoute à la donne : le cyber-harcèlement. Connaissez-vous des personnes harcelées ?

Le gymnase - Agir contre le harcèlement à l’école par EducationFrance
Harcèlement : L'université n'est pas épargnée - photo
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