États-Unis : Pourquoi l'inscription à la fac coûte-elle si cher ?

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Les étudiants savent que les frais d'inscription à la fac américaine crèvent le plafond. Nous avons cherché à comprendre les raisons de cette situation.

Les jeunes Américains sont réputés "obsédés" par l'argent. Sont-ils plus matérialistes et superficiels que les autres ? Peut-être, mais ils vivent dans une société où conserver son statut social revient cher. Aux États-Unis, se payer l'université est un luxe. Les prix de l'éducation supérieure se sont envolés en quarante ans, rapporte le New York Times. Les frais d'inscription universitaire dans le privé ont augmenté de deux tiers depuis 1974, pour atteindre en moyenne 31 000 dollars par an. Dans le secteur public, le tarif a été multiplié par quatre sur la même période, soit 9 000 dollars en moyenne par année d'université. La crise est réelle, au point que Barack Obama ait proposé la gratuité des Community Colleges, ces universités qui dispensent une formation professionnelle diplômante en deux ans (contre quatre dans le cursus classique). La fac reste un mythe au Pays de l'Oncle Sam. Une sorte de Graal, un American Dream version étudiante. Dramatique reproduction sociale, 70% des enfants dont les parents n'ont pas de diplôme universitaire ne feront pas d'études supérieures. Les 21 millions d'étudiants du pays sont résolus à prendre l'ascenseur social. Les frais d'inscription sont leur défi. Ils les paieront coûte que coûte, quitte à s'endetter sur vingt ans avec un prêt étudiant.

Choquant pour un Français, mais l'enseignement supérieur est avant tout un commerce. Qui dit marché aux États-Unis, dit non-intervention de l'État (ou presque). Le sénateur du Wisconsin Scott Walker a bien amputé le budget de son État de 250 millions de dollars sans que personne ne proteste. Jed Bush en Floride a suivi le même chemin, préférant concentrer le budget sur les écoles primaires et secondaires. Les seuls établissements supérieurs qui s'en sortent vraiment bien appartiennent à "l'élite". Comprenez 200 établissements à travers le pays, qui bénéficient d'une réputation internationale et de généreux mécènes (souvent de riches anciens élèves). Ces établissements accueillent entre 2 et 10% de la population étudiante globale. Les universités publiques officielles des États (leur nom commence par "State University of...") accueillent elles 20% des étudiants. Elles vivent surtout des fonds publics, et sont touchées de plein fouet par les restrictions budgétaires. Tant pis si les étudiantes deviennent des Sugar Babies. Cette situation est voulue par les universités privées "non élitistes", à la qualité de l'enseignement très variable. Concurrentes du public, elles pratiquent un lobbying intense depuis les années 1980. 70% des étudiants y étudient, un marché juteux. Ce cercle vicieux n'est pas prêt de s'arrêter. Avez-vous déjà étudié aux États-Unis ?

Source : New York Times