42, l'école de Xavier Niel : Nouvelles du fond de la piscine

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Pendant que vous cherchez la meilleure position dans votre transat, en attendant d’être assez chaud pour vous jeter à l’eau, d’autres expérimentent un type de « piscine » bien différent. meltyCampus est allé à leur rencontre.

De 42, l'école de Xavier Niel, on a tout dit (meltyCampus comme les autres, d’ailleurs). Son approche nouvelle, basée sur la pratique et rejetant l’enseignement théorique qu’elle estime inadaptée aux réalités de l’entreprise. Sa gratuité, qui agace les grandes écoles qui y voient une concurrence déloyale (d’autant que certains des cadres enseignants proviennent de ces grandes écoles). Son ambition de former les nouveaux Zuckerberg et Jobs, de recruter des individus de tous âges et de tous horizons, avec ou sans bac, sans autre critère que celui de la compétence. Sa nouveauté, qui en fait un pari pour les premiers élèves, l’école n’étant pas encore reconnue par l’Etat (un risque à relativiser tant l’enthousiasme autour du projet de Xavier Niel est important). Dans un pays où toucher à l’éducation est aussi facile que de faire danser un mammouth, le projet 42 a fait polémique, mais surtout apporté un vent de fraîcheur salutaire et donné un coup de pied dans une fourmilière qui en avait (et en a sous doute toujours) plus que besoin. Et les commentateurs n’ont pas manqué de le saluer.

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42, l'école de Xavier Niel : Nouvelles du fond de la piscine
42, l'école de Xavier Niel : Nouvelles du fond de la piscine

Tout ça donc on le sait. Ce qu’on connait moins en revanche, ce sont les impressions de ces élèves qui, les tout premiers, ont pénétré les locaux flambant neufs (et pas encore finis) du 96 boulevard Bessières, dans le 17ème, à deux pas du périph. Peut-être dans une poignée d’années, certains d’entre eux formeront l’élite du 2.0 à la française, et se paieront le luxe de se pointer au conseil d’administration en pantoufles et sweats capuche, à l’instar du créateur de Facebook. En attendant, ils tentent de gagner leur place dans l’une des trois « piscines » qu’utilise 42 pour recruter les élèves les mieux armés pour bénéficier de cet enseignement novateur. Au départ 800 dans chaque groupe soit 2400, ils ne sont plus déjà qu’environ 1500 (parmi lesquels 57 filles). Pas d’éliminations derrière ce dégraissement, tout simplement la somme des abandons de ceux qui ont peiné à tenir le rythme. Car la piscine, ça ne rigole pas : des cadences plus que soutenues (la plupart des élèves font au grand minimum 12 heures par jour), et des rendus à 23h42 tous les soirs (une référence au film culte "H2G2 : le guide du voyageur galactique") !

42, l'école de Xavier Niel : Nouvelles du fond de la piscine

Dès lors, rien d’étonnant à en voir certains taper un somme, recroquevillés sous une table dans leur sac de couchage. Soyons clairs, les conditions sont spartiates, comme nous le confirme Mathieu (ndlr, le prénom a été modifié) « Tu veux la version officielle ou officieuse ? Bon on a une grande salle vide, et en gros c’est tout. Chacun s’arrange comme il peut mais c’est un peu le ghetto hein, l’autre jour un type avait chié au milieu de la douche ». 42 ressemble à quelque chose entre Solidays, et un foyer d’accueil, avec un sac de couchage tous les trois pas et un Mac à chaque table. Il y règne une ambiance potache de colonie de vacances pour geeks, comme en témoignent les pénis gribouillés sur des post-it qui ornent les fenêtres. Quand nous sommes passés, il y avait une poignée de types déguisés devant l’entrée, qui tapaient des pauses. « C’était supposé être une journée zombies, mais on est que quatre à l’avoir fait… ». Voilà pour la carte postale, mais laissons la parole aux intéressés.

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Christophe, 22 ans :

Avec sa barbe Christophe fait plus que ses 22 ans. Ce jeune homme posé ne s’est pas toujours destiné à l’informatique : « Avant, j’ai fait un BTS en aménagement paysager donc ça n’a rien à voir. Je pratiquais beaucoup l’informatique à la maison donc quand j’ai entendu parler de ça je me suis dit que j’allais tenter le coup. » Un choix qu’il ne semble pas regretter : « La piscine c’est clair que c’est difficile et qu’il faut s’accrocher. On a que des 0 (ndlr : les élèves rendent des projets notés chaque soir) mais l’intérêt prend le dessus sur les notes. En moyenne, je passe entre 12 et 15 heures par jour ici. Sur les installations, je dois dire qu’ils ont bien fait le taf, tout est nickel ». Pour lui la guerre annoncée entre candidats n’a pas eu lieu : « Ca n’est pas si compét’ que ça, c’est plutôt convivial et il y a beaucoup d’entraide. Evidemment, certains sont moins enclins à aider, mais dans l’ensemble on ne se tire pas dans les pattes. ». Ce n’est que quand on évoque le manque de reconnaissance étatique de l’école que Chris admet quelques doutes : « Par rapport à notre avenir, je suis partagé. D’un côté, on entend beaucoup de choses sur des entreprises qui signeraient déjà des contrats avec 42 pour du recrutement mais on ne sait pas trop ce qu’il en est. S’engager dans un cursus de trois ans sans garantie c’est un peu effrayant, mais je pense que les compétences peuvent faire la différence. ».

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Romain, 22 ans :

Romain a 22 ans lui aussi. Par contre il ne ressemble pas trop à Chris. Comme lui, il a commencé par quelque chose à des lieux de l’informatique « Après le bac j’ai fait un BTS opticien lunetier. J’ai détesté. ». On l’a attrapé alors qu’il s’enfilait une canette de taurine pour mieux affronter sa longue journée de piscine. « Je suis venu ici parce que j’ai beaucoup d’amis qui bossent dans l’informatique. Certains ont fait Epitech (ndlr : une des grandes écoles d’info avec Epita) et sont toujours au courant des nouveautés. Ils m’ont parlé de 42 dès que le projet a été connu et m’ont conseillé de m’inscrire, sachant que l’informatique était mon premier choix de carrière ». Pour lui, la gratuité a été un facteur déterminant : « En soi, ce n’est pas si différent d’Epitech, mais l’école est libre et l’enseignement payé par Free. C’est gratuit, donc je n’ai rien à perdre ». Pour un novice comme lui, le rythme est dur « J’ai été surpris par l’intensité du travail. Quand tu débutes il faut vraiment passer tes journées entières devant l’écran pour avancer. Les deux premières semaines j’ai fait 8 heures – minuit tous les jours, là en troisième, je dors un peu plus ». Romain est plus nuancé que Christophe sur l’ambiance : « J’ai eu beaucoup de retours sur les piscines d’Epita et d’Epitech où les gens sont déjà acceptés et où il y a beaucoup d’entraide. Ici, même si quelques-uns le font, les gens hésitent, chacun veut sa place ». Quant à la valeur de l’école, Romain est optimiste « Ce sont les premiers élèves sortis de 42 qui feront sa réputation. A nous de ne pas décevoir si on a la chance d’être pris ».

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Victor, 28 ans

Victor ne semble pas le moins du monde affecté par ces trois semaines de codage intensives « J’ai entendu parler de 42 sur le net. C’est l’aspect pédagogique et le côté peer to peer qui m’a plu, l’entraide entre élèves. Je bosse dans l’informatique, mais je n’y connais rien en programmation. J’ai souvent été confronté à des problèmes, donc je me suis dit que ce serait l’occasion de me perfectionner ». Même s’il garde le sourire, Victor, comme tous, en bave « Il faut faire attention car on est très vite débordé. Le début a été difficile, j’ai un peu ressenti le choc des générations étant plus vieux. Ceux qui sortent du lycée sont un peu plus dans l’esprit compétition qu’entraide. Heureusement depuis des groupes se sont formés. On est une quinzaine à bosser ensemble et à se soutenir. »