Mode du coréen à l'université, la controverse enfle

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À l'université de la Rochelle, étudiants et professeurs s'affrontent. La raison ? L'étude du coréen, qui depuis quelques temps fascine les étudiants. Phénomène de mode ou véritable intérêt ? La bataille ne fait que commencer…

Gangnam Style serait-il à l'origine de la nouvelle passion des étudiants pour le coréen ? Alors que le chanteur est acclamé partout et même à Harvard, à l'université de la Rochelle, les étudiants sont de plus en plus nombreux à s'inscrire en licence de Coréen. Depuis 2011, les inscriptions en licence anglais-coréen se sont multipliées et dépassent tous les pronostics. Mais loin de se réjouir, les professeurs et le doyen de l'université dénoncent ce qu'ils assimilent à un phénomène de mode, dû à l'explosion de la K-Pop, la version coréen de la J-Pop (Pop Japonaise qui a connu son heure de gloire dans les années 80). Pour les étudiants, les syndicats et les collectifs coréens, cette attitude est inadmissible. Pour eux, il s'agit ni plus ni moins que d'une volonté de "tuer le coréen".

Dans un article paru dans Le cercle des Echos, le doyen de l'université de la Rochelle, ainsi que les professeurs de coréen eux-mêmes, regrettent et luttent contre ce qui leur apparaît comme une sorte de commercialisation de la langue. Selon eux, les étudiants ne s'intéressent pas tant à la culture coréenne qu'à la K-Pop, que nous évoquions plus haut. Leurs arguments ? La baisse notoire des effectifs en coréen une fois arrivés en master, le peu d'intérêt des étudiants pour des stages en Corée qui "sur dix ans, se comptent sur les doigts d'une main" et surtout, la volonté de la présidente coréenne Park Geun-Hy d'exporter sa culture dans le monde entier, à n'importe quel prix. À première vue cependant, ce dernier argument semble peu recevable. Quel pays n'a pas souhaité exporter sa culture à l'échelle planétaire ? Rappelons que la culture est un des piliers qui permet d'asseoir la puissance d'un pays à l'international. Les Etats-Unis en sont l'exemple le plus parlant. Toutefois, les auteurs de l'article font sans doute référence au passé politique de la Corée du Sud qui, jusqu'en février 2013, vivait sous la dictature du père de l'actuelle présidente (démocratiquement élue cette fois). Crainte des dirigeants de l'université, qui redoutent une influence trop importante de la Corée du Sud ? L'hypothèse est envisageable…

La réaction des "pro-coréens" ne s'est pas fait attendre. Ouverture d'une page Facebook, sitting, article… tous les moyens sont bons pour se faire entendre et défendre une culture qui les passionne. En réaction à l'article paru dans les échos, une étudiante en LEA anglais-coréen a publié sur son blog un article qui réfute point par point les arguments de la partie adverse. La baisse des effectifs en master ? Normal, le master de coréen de la Rochelle jouit d'une très mauvaise réputation, un peu "si tu fais ton master ici c'est que tu n'as rien trouvé ailleurs". Les stages dans les entreprises coréennes sont peu nombreux ? La demande est là, ce sont les étudiants qui souvent par manque de moyens financiers ne peuvent y répondre. L'équipe professorale est insuffisante pour assurer la demande des élèves ? Un professeur a été proposé à l'université, rémunéré par l'ambassade de Corée. L'université a refusé…alors qu'elle propose des cursus pour le moins rares et sans doute coûteux. Enfin, l'auteur de l'article, qui a souhaité rester anonyme, pointe du doigt une certaine hypocrisie des professeurs et du doyen, qui critiquent aujourd'hui une filière qui faisait leur fierté auparavant… Les étudiants semblent prêts à tout pour sauver et agrandir la filière…

Comment faire le tri entre toutes ses voix qui s'élèvent ? En réalité, les arguments des deux partis se valent et se complètent, sans qu'aucun des deux ne l'avouent. Effectivement, il est vrai que l'explosion des demandes en LEA anglais/coréen coïncide avec l'apparition de chanteurs coréens à succès. N'en déplaise aux étudiants défenseurs de cette licence, il y a fort à parier qu'ils ne se seraient pas autant intéressés à la culture coréenne si celle-ci en s'était pas manifestée par le biais de chansons désormais internationales. Mais il est vrai aussi que si ces chansons ont permis de révéler une culture un peu oubliée, l'engouement des étudiants pour cette langue peut être tout à fait réel et durable ! Pour l'instant, la question du coréen à l'université de la Rochelle n'est toujours pas réglée. La filière a été maintenue pour l'année prochaine, mais seule une trentaine de places est disponible. Les solutions proposés par l'université concernant le mode d'attribution de ces places ont été rejetées par les étudiants et syndicats pro-coréens. Pour l'instant, le flou est complet…